« Quand on ne peut plus rajouter de jours à la vie, on peut encore rajouter de la vie aux jours ». Anne-Dauphine JULLIAND.
« Rajouter de la vie aux jours » fait partie de mes livres « coup de cœur ». Un diamant à l’état pur, une perle trouvée dans un écrin de noirceur.
Cette femme a vécu 3 déflagrations dans sa vie de mère de famille . A quelques années d’intervalle, elle perd 3 de ses 4 enfants. 2 puis 1, ce qui fait bien 3 coups de tonnerre dans un ciel serein.
Témoignage bouleversant d’une mère en détresse, qui jamais ne sombre dans la tristesse.
Ouvrage dont j’ai pu savourer chaque mot, chaque phrase, chaque paragraphe, prêtant à chaque fois à une profonde réflexion sur notre rapport à la perte, à la mort, à la finitude, à l’après, et bien sûr aussi à l’instant présent . Sans jamais sombrer dans le drame, tout en élégance et en poésie, Anne-Dauphine nous embarque dans sa « vie d’après », après les grands chaos, après les grands fracas, dans une famille ordinaire où le bonheur, à trois reprises, a volé en éclat.
Ode à la vie, à la banalité, au quotidien sans lui, sans elle, sans eux . Car bien loin de l’Au-delà, la trame de ce récit se situe bel et bien dans l’Au-d’ici .
Le travail de deuil commence toujours dans nos mètres carrés habitables, dans notre proximité et c’est bien là qu’est toute la difficulté.
Avec eux qui restent,
Avec la solitude qui s’installe,
Dans la recette de son gâteau préféré,
Dans l’attente d’un coup de fil qui ne viendra plus,
L’odeur des petits plats cuisinés
Les petits riens du quotidien qui sont bien souvent d’une extrême cruauté.
« On perd ceux qui meurent une fois en entier, puis on les perd sans cesse en détail. »
Car il en faut du courage pour continuer. Faire comme si rien n’avait changé. Il faut bien aller bosser. Aller à l’école. Faire ses courses. Préparer à manger. Rencontrer des gens , Leur parler. Enfin se forcer. Affronter le regard des autres, de tous les autres. Même de ceux qu’on cherche à éviter
Ce regard qu’on a envie de fuir, qui nous embarque à des milliers de km, car il nous renvoie à l’absence de ceux qu’on a aimés.
Survivre avec ce paradoxe du vivant, des survivants, ceux qui restent sur le bas-côté alors que tout notre socle s’est effondré, alors que plus rien n’a de sens , alors que le goût de vivre s’en est allé.
« Rajouter de la vie aux jours », c’est aussi faire un peu de place à notre souffrance, la laisser s’installer le temps qu’elle aura besoin pour pouvoir s’exprimer. Conjuguer La vie qui passe avec l’absence, exprimer sa tristesse et sa peine ; sans avoir jamais à se justifier.
On le sait bien, à la fin il y a 4 planches face à l’éternité, cette fameuse chronique d’une fin annoncée , cette destination finale qui se moque du temps qui nous est compté. Alors que fait-on du reste à vivre qui nous est octroyé ? On fait quoi du reste à aimer ?
Vivre « sans eux » est d’une exigence absolue. Mais qu’on le veuille ou non, la vie nous appelle, et nous rappelle, nous porte avec ses ailes, guidée par le regard malicieux de tous nos chers disparus, ça j’en suis convaincue.
Alors souvent, je pense à eux.
A ceux qui ne sont plus.
Je me dis que j’ai eu beaucoup de chance de les avoir connus et me réjouis pour ce qui a été vécu.
Véronique Gabier



