L’autre jour je me suis réveillée, en me disant que j’avais beaucoup de chance .
J’ai ouvert un œil, puis les deux. Posé un pied au sol, puis les deux. Se réveiller un matin pourtant ordinaire avec un prisme différent. Observer son environnement, 70m2 , pas de quoi se « taper le cul par terre », c’est petit chez moi certains me le disent, et pour moi c’est tellement grand.
Avoir l’essentiel pour vivre, une famille pas si loin, un feu de cheminée, 3 félins à mes pieds, quelques livres et un clavier, voilà toute la grandeur d’une vie pleine de douceur, les seules richesses de mon cocon intérieur.
Chaque minuté vécue en dehors de la maladie, de la pauvreté, des flammes d’un incendie, des bourrasques d’un cyclone, du froid, de la faim est un instant suspendu de bonheur, qui ne demande qu’à être mis en lumière par notre conscience.
Alors je ne sais pas si la chance se provoque, se tente, si elle se porte, si on l’attire, si elle se mérite, si c’est une question de bol, de veine et de pot, ou bien d’être née sous une bonne étoile, mais je sais que parfois le vent tourne subitement et que la chance s’étiole, car c’est le moment pour elle de nous quitter, de prendre son envol.
Par expérience , je sais (et nous savons tous) que les grands fracas d’une vie ne sont souvent jamais très loin.
A un moment où les feux du ciel assombrissent certaines régions du globe, où la Terre tremble de colère, où les cyclones ne laissent plus rien sur leur passage, il n’y a aucune mièvrerie à reconnaitre que nous sommes parmi les plus chanceux sur Terre et que nos bobos quotidiens atteignent 0 sur l’échelle de Richter .
Avoir l’humilité de reconnaitre que malgré notre poisse des jours gris, il reste encore un peu de soleil en ce début janvier pour éclairer notre chemin.
Avoir l’humilité de reconnaitre que cette chance là tient parfois du miracle et qu’elle impose une certaine gratitude, pour qui le veut bien.
Consciente que cette parenthèse enchantée peut se refermer à tout moment de notre vie, que tout tient à un fil, que l’enfer des flammes peut nous encercler à chaque instant, que la puissance de l’eau peut nous submerger un matin, que la Terre a parfois besoin d’exprimer sa colère et sa vraie nature, et que nous n’avons pas notre mot à dire en tant que locataires , amis Terriens.
Ces quelques lignes, émanent d’une « chanceuse de la vie », impuissante devant l’enfer des chaos de la Nature, les bras ballants devant ces images rougeoyantes, incrédule à se demander, se questionner : pourquoi eux, pourquoi là-bas ?
Et je ne comprends toujours rien.
Se réveiller chaque matin. Ouvrir un œil, puis surtout les deux.
Se dire qu’il s’en est fallu de peu pour que notre vie soit autre
Se demander de quoi suis-je chanceuse ici-bas ?
Faire un état des lieux.
Le savourer.
Remercier.
Véronique



